De l’amitié
L’amitié est un sentiment. Comme tout ce qui vit, il se nourrit pour qu’il vive et perdure. Il ne se contente pas de dons physiques ou moraux ; un bien matériel, un geste attentionné, un soutien moral ou psychologique, une aide quelconque, etc, car un complice est capable aussi de ces choses, voire plus dans certaines situations, par exemple taire le crime de son ami et lui rester fidèle. Aristote disait dans Ethique à Nicomaque que l’amitié n’est possible qu’entre des gens bien. C’est la vérité mais on doit connaître la situation qui peut la mettre à l’épreuve.
Il faut aller au-delà de la complicité : pardonner à son ami une grave erreur, plutôt une traîtrise, disons une infidélité avec votre épouse ou petite amie adorée, une limite que le complice ne franchira pas sauf par lâcheté parce que le coupable est plus fort que lui et très méchant, impitoyable. Un ami, lui, le fera par bonté ou grandeur de l’âme.
Vous me direz que les amis ne sont pas faits pour trahir. Soit. Mais les amis sont aussi là pour pardonner. De plus, on s’estime heureux qu’on ne soit pas le premier à fauter de cette gravité et on doit le remercier pour nous avoir offert cette occasion (unique) pour mettre à l’épreuve notre prétention à l’amitié. Aussi, quand un ami arrive à cette extrémité, il doit avoir une bonne raison et a grandement besoin d’aide, donc de notre aide. Si on ne lui pardonne pas, du moins on ne le comprend même pas, on est incapable d’amitié.
Pour être capable d’amitié, on doit pardonner à son ami. Ne me retournez pas la question, malgré toute ma lucidité, je ne saurais choisir, mais je reconnais aussi que tant que je n’ai pas prouvé que je suis capable de cette amitié, je ne la mérite pas, et je suis exigeant en amitié.
Quant à la femme, sans vouloir la taquiner, je reprends les propos de Nietzsche : « La femme est capable d’amour ; l’homme, de camaraderie ». L’amitié est incompatible avec sa nature sentimentale : aimante le matin, haineuse violemment le soir à la moindre erreur. Ne soyez pas offusquées, les filles. Soit une de vos copines qui couche avec un copain que vous convoitez, on n’est pas encore au stade du petit ami ou du mari, car là vous voudriez la tuer. Quelle sera votre réaction ?
Celui qui ne connaît pas la définition de l’amitié ne peut prétendre à cette vertu, car c’est une vertu. En amitié, il faut connaître celle-ci et appliquer, cette dernière étant la plus difficile, ce qui fait d’elle une pépite. L’amitié est le résultat d’un savant mélange entre les sentiments et la raison, donné à très peu d’individus. Après une deuxième erreur, il ne mérite plus notre amitié et il vaut mieux rompre.