Dédicace:
« Le jour où je suis né kabyle, mon nom s’appelle combat » Lounès Matoub. 

On affirmait que c’était les Arabes qui donnèrent à la Kabylie son nom en raison de sa composition en tribus (qabaéla en arabe), leur seul argument. La Kabylie est composée de village (qariatou en arabe), une différence immense. De plus toutes les régions, du pays et du monde arabo-musulman, sont constituées à ce jour de tribus ou de villages, mais on décida de le donner à la seule Kabylie. D’autres l’attribuaient à l’idée que les Kabyles avaient accepté l’islam (qabalou). Personne n’avait accepté l’islam, on imposait avec l’épée la mort ou la conversion, exigence d’un verset du Coran[1]. Aussi, tous acceptèrent l’islam, mais on choisit la seule Kabylie pour lui donner ce nom. Ces idées émanent de pauvres esprits.

Depuis l’avènement de l’islam jusqu’à la génération de nos parents, avant que l’école plutôt coranique que républicaine n’entrât en jeu en 1965, le serment des villageois était : Jmae liman (au nom de toutes les croyances), alors que dans le reste du pays, on jurait « au nom d’Allah ». Car dans les villages il y vit des musulmans, des païens (des polythéistes ou des animistes ou les deux), des chrétiens, des déistes, des athées, rarement des juifs. C’est la raison pour laquelle le terrorisme islamiste de la décennie noire avait épargné la Kabylie. Le nom Kabylie n’avait pas de rapport avec les tribus ni avec l’acceptation de l’islam par une minorité.

Aucun texte arabe du Moyen- Âge, l’époque où nous avons repéré l’apparition du mot Kabyle dans la littérature française, ne cite ce nom ; tous parlaient de « bilad Zwawa », ou le pays des Zwawa. Zwawa est la translitération en arabe du nom Agawaw, du puissant Âarch Igawawen, pluriel d’Agawaw, système autonome avec lequel les Kabyles se gouvernaient, détaillé plus loin. On appelait ainsi les Kabyles dans le reste du pays. Aussi, Azwaw désignait un homme de vertu, devenu un prénom dans la région du Djurdjura. Il signifie le vent ou la brise, symbole de liberté et de légèreté. Le mot Kabyle n’était donc pas arabe.

Il fit son apparition avec les premiers textes, dont le plus connu est l’œuvre monumentale La Kabylie et les coutumes kabyles, d’Adolphe Hanotaux et d’Aristide Letourneau, une étude de la Kabylie diligentée par l’armée française pour trouver les faiblesses à la résistance kabyle de 1850 à 1871. Nous ne savons pas d’où on tira ce mot. Toutefois nous avons deux propositions, certes tirées par les cheveux.

La première pourrait venir d’Hérodote qui avait visité au 5e siècle avant notre ère l’Afrique du Nord et qui parla d’une population d’une région en ces propos : « Les Cabales (Cabala, Cabalaxi) sont un peuple de Libye (l’actuelle Afrique du Nord), et demeurent vers le milieu du pays des Auschises. Leur nation est peu nombreuse ; elle s’étend sur les côtes de la mer vers Tauchires, ville du territoire de Barcé. Leurs usages sont les mêmes que ceux des peuples qui habitent au-dessus de Cyrène. »[2] Il s’agit de Libyens, des Berbères. La deuxième pourrait être le mot « cabale », qui signifie un groupe d’individu ou de tribus qui mènent une attaque contre un adversaire. Sinon, il faut chercher l’explication dans la culture locale et nous n’avons rien en dehors des mots aqvil et taqvilt dont nous n’avions pu trouver l’explication. Nous devions dire takvilt car la lettre q n’existe pas dans le berbère, elle est un butin de l’arabe. Ce mot signifierait un embryon d’organisation.

Pour l’Algérie, notre recherche était fructueuse. Le nom dérivait d’Alger, El-Dazaïr en arabe administratif et Dzaïr en algérien, un mélange de berbère, d’arabe et de turc. El-Dazaïr se dit Algérie en français. Avant de vous livrer les détails, il est nécessaire d’aller d’abord à la source. Au 3e siècle avant notre ère, Alger s’appelait Eikosi, du grec, dont on prétendait que c’était Hercule, le dieu-guerrier grec, qui l’en baptisa ainsi, ce qui signifie 20, en hommage à ses vingt compagnons. Pour rappel, Hercule n’a jamais existé, c’est un mythe dont il faut chercher l’origine dans la mythologie de laquelle s’était inspirée la mythologie grecque. Plus tard les Phéniciens la surnommèrent Ikosim qui signifie « l’île aux mouettes ». Encore une bêtise. Alger ne possède pas d’île, peut-être des îlots ou des morceaux de terre entourés de la mer. Aussi, on trouve des mouettes et des îles ou îlots sur tous les littoraux de la planète, des dizaines sur les comptoirs commerciaux des littoraux que les Phéniciens avaient conquis ou construits, mais ils ne donnèrent ce nom qu’à Alger. Les Romains le reprirent tel quel selon leur langue : Icosium.

Ikosim et Icosium sont une transcription de Eikosi. N’est-ce pas bizarre qu’il signifie chez les Grecs le passage d’un de leurs dieux, un mensonge, et chez les Phéniciens et les Romains une île aux mouettes, un nom que l’on peut donner à toutes les îles ? Alger existait bien avant la venue de ces envahisseurs et s’appelait Agwosim[3] (Agossim, Agoussim ou un équivalent en français). Agwosim, Eikosi, Ikosium, Icosium, ne sont-ils pas un même nom qui voyage d’une langue à une autre dont on veut nous faire croire le contraire ? Agwosim est une plante qui pousse à profusion dans un climat verdoyant comme la Kabylie et le centre du nord de l’Algérie, Alger et ses environs. On l’utilisait depuis des siècles et à ce jour pour ses propriétés médicinales contre les aphtes de la bouche, la mauvaise haleine, le renforcement des gencives, ses bienfaits sur le système digestifs. On broyait ses feuilles à l’état naturel ou qu’on les séchait puis les broyait jusqu’à obtenir une poudre fine.

Les femmes en raffolent puisqu’elles l’utilisaient comme rouge à lèvres et nettoyant buccal, efficace et bien toléré par la peau et la muqueuse buccale, qui, en plus, donne aux lèvres et aux joues une belle couleur orange-claire et une apparence naturelle au lieu du brillant rouge artificiel du rouge à lèvres qui ressemble plus à une couche de peinture. De plus, mélangé à de la poudre de cannelle, il dégageait une odeur aphrodisiaque, d’où en Kabylie l’artisanat fabriquait des colliers de perles faites avec ce mélange. Notre épouse les utilisait pendant des années jusqu’à l’arrivée et la domination du rouge à lèvres, ce produit chimique. On le mangeait soit cru, en quantité très limitée, soit cuit à la vapeur, mélangé avec d’autres légumes, le fameux asfuru, une autre recette de couscous.

Les Fatimides, la dynastie chiite musulmane kabyle, régnèrent sur le Maghreb au 10e et au 11e siècle avant de partir conquérir l’Orient en commençant par l’Égypte. Ils laissèrent la gouvernance à leurs protégés les Zirides, une autre dynastie musulmane kabyle. Celle-ci établit son siège à Médéa et rebaptisa Icosium en Ziri, le nom du fondateur de cette dynastie, qui signifie en berbère clair de lune. Il donna Dziri puis Dzaïr ou El-Djazaïr en arabe ; d’ailleurs l’Algérois comme l’Algérien se nomment Dziri. Des voix ignorantes reprirent la signification d’îlots pour Alger, la version en cours. Mais îlots en arabe se dit El-Djouzour pas El-Djazaïr. On avait repris cette signification pour cacher l’origine kabyle du nom d’Alger. La signification romaine et phéniciennes était reprise dans les publications et les vidéos en ligne, peut-être des ignorants ou des chiens de garde, qui l’avaient prise à des plumitifs qui se vantaient historiens, de pseudos historiens qui refusaient de dépenser un neurone serait-ce pour questionner le sujet, la moindre des choses.

Il parait que l’émir Abdelkader avait mentionné pour la première fois dans sa déclaration le vocable El-Watan El-Djazaïr (la patrie Algérie). Nous doutions qu’il connût ce qu’était une patrie, une nation ou un pays ; il se battait pour sa Oumma arabe et musulmane pour laquelle il fut rabroué en Kabylie qui se battait pour la liberté et la sauvegarde de son indépendance. Le nom Algérie existait bien avant sa résistance et circulait chez une certaine élite mais sans rapport avec un territoire ou une patrie. C’est pour cette raison qu’après la dissolution de l’ENA en 1936, on créa le PPA (Parti du Peuple Algérien) au lieu de PA (Parti de l’Algérie), nom inconnu et inexistant alors.

Ferhat Abbas, le plus lucide des politiciens de son époque pour ne pas dire qu’il était très en avance sur ses contemporains, écrivit : « La France n’a pas colonisé l’Algérie, elle l’a fondée. »  En réalité la France avait colonisé un territoire sans patrie et sans frontière qu’elle avait baptisé Algérie, dérivé d’Alger (El-Djazaïr en arabe). Il ajoutait : « L’Algérie en tant que patrie est un mythe. Je ne l’ai pas découverte. J’ai interrogé l’Histoire ; j’ai interrogé les morts et les vivants ; j’ai visité les cimetières. Personne ne m’en a parlé.[4] »

El-Djazaïr faisait référence à la puissance maritime de la régence d’Alger, la province turque, qui administrait les trois Beylicat, le Titteri au centre, le Constantinois à l’est et l’Oranais à l’ouest, le tout d’une superficie approximative de plusieurs dizaines de milliers à quelques centaines de milliers de kilomètres carrés, tout au plus la superficie actuelle de la France métropole. Il n’était jamais question de la Kabylie, de Tindouf, de Béchar et du Sahara.

Si l’Algérie était connue d’une seule partie du peuple, le FLN, fondé en 1954, s’appellerait FLA (Front de Libération de l’Algérie) ou FLNA (Front de Libération de la Nation Algérienne) pour reprendre la revendication de l’émir Abdelkader (El-Watan El-Djazaïr), d’autant plus que le Maroc et la Tunisie commençaient à exister en tant que pays sous protectorat libérés deux années plus tard. Comme c’est le mot El Watan (nation ou patrie) qui était connu, on lui donna le nom FLN (Front de Libération Nationale). Pendant toute la guerre, le peuple ignorait toujours le nom Algérie. Il fallut attendre 1962 pour que le nom fût connu chez les instruits, encore grâce au matraquage médiatique et propagandiste du FLN. Malgré cela, dès que le nom Algérie s’était imposé chez la population, on en fit quatre Algérie, en l’occurrence l’Algérie arabe, l’Algérie berbère, l’Algérie arabo-berbère ou berbéro-arabe et l’Algérie algérienne qui s’affrontaient en coulisses surtout. Pis, en 1982, des Algériens du département de Tindouf, parlant de la campagne, avec qui nous avions discuté, nous confiaient qu’ils étaient Mgherbi (Marocains). Cette situation perdurerait jusqu’à la démocratisation réelle et la sécularisation (une forme de laïcité) de l’Algérie qui passera nécessairement par le fédéralisme, ou l’explosion en mille territoires, probablement dès l’épuisement du pétrole son sérum qui la maintient en survie.

Pour revenir à notre sujet, les Français avaient choisi le nom Algérie faute de trouver mieux, d’autant que le Dey leur avait bel et bien vendu en 1830 Al-Djazaïr (l’Algérie), contre une somme d’argent et la protection de sa personne, de sa famille et de ses biens.

Avant les Turcs, l’actuel territoire de l’Algérie sans la Kabylie et le Sahara, était habité par des tribus éparses. L’Ouest, sous l’influence de Tlemcen, prêtait allégeance au royaume du Maroc dont la moitié des territoires étaient sous domination espagnole ; l’Est lorgnait vers Tunis. Les Zirides administraient Médéa, Alger et ses environs. Le Sud vivait dans le nomadisme, sa nature qui dure à ce jour. Plutôt ils ne savaient rien sur le nord ; quand nous travaillions dans cette région, on nous appelait Gwer (Français ou Occidentaux). Certains nous jetaient des pierres à notre passage dans leurs quartiers comme si nous étions des diables, le rite du pèlerinage. Après l’invasion des Turcs et la création de la province ou régence d’Alger déclarée territoire turc, on créa les trois Beylicat. Malgré cette organisation, en dehors du noyau de la gouvernance, partout les Turcs durent écraser des révoltés et jamais ils ne réussirent à garder un pied en Kabylie jusqu’à leur chute en 1830.

La même carte perdura une décennie après l’arrivée des Français. Après le Traité de Tafna en 1837, qui consacra la reddition de l’émir Abdelkader en échange qu’on lui laissa gouverner son territoire, ces derniers promulguèrent en octobre 1839 le décret Schneider qui délimita les territoires soumis, la régence d’Alger et ses Beylicat, et les baptisa Algérie en remplacement de l’ancien nom « territoires français en Afrique du Nord ». Le cartographe et géographe Carette (Ernest), diligenté par l’Administration coloniale, dressa en 1843 une carte de l’Algérie du décret Schneider dont il délimita les territoires des régences ottomanes et au nord il écrivit en gras et en lettres capitales KABYLIE INDÉPENDANTE. La carte est dans la collection Gallica, du site de la Bibliothèque nationale de France.

En 1539 le roi de Koukou envoya une missive à Charles Quint, roi d’Espagne, dans laquelle il lui proposait une alliance pour combattre les pirates et bandits de la Régence d’Alger province de Turquie. Nous ne savons rien quant à la réponse. Toutefois on peut y conclure que les Espagnols ne répondirent pas ou répondirent par la négative, autrement la piraterie d’Alger n’aurait pas prospéré trois siècles durant alors que l’Espagne était si puissante.

La Kabylie avait un drapeau, les mêmes couleurs et dans l’ordre que celui des Berbères : bleu, jaune et vert, dont s’était inspiré le MAK pour la Kabylie indépendante. Il est dans le tableau du peinture français Félix Henri Emmanuel Philippoteaux, datant de 1866, éternisant l’armée rebelle de Fatma N’Soumeur et de son lieutenant Bou Baghla (l’homme à la mule), drapeau brandi par le porte-étendard, un tableau accroché au palais présidentiel d’El-Mouradia sur le frontispice de la salle de conseil des ministres et du chef d’État, à Alger. Sur ce dernier on ne reconnait pas les couleurs en raison de la résolution très basse de l’image, probablement voulue afin de cacher le pot aux roses. On les voit nettement dans la peinture de Philippoteaux, sur Internet. Normalement, on devait accrocher celui de leur « héros de tous les temps », l’émir Abdelkader, dont le devant du burnous est décoré du palmarès des médailles décernées par la France coloniale pour services rendus au colonialisme.

Les nihilistes arabophones, qui affirment que c’était une propagande colonialiste, nieraient au peintre son honnêteté, bâtards et endoctrinés qu’ils étaient, et nous visons les universitaires. Mais la Kabylie possède une preuve indéniable : tous ses bijoux anciens dont on remonte la fabrication à plusieurs siècles, ainsi que les nouveaux, portent ces couleurs : bleu, vert, jaune et rouge. Dans les bijoux des autres régions d’Algérie comme dans les autres pays berbères, on retrouve d’autres couleurs, comme le noir et le blanc. Ainsi, ces quatre couleurs sont typiquement kabyles.

La Kabylie n’en faisait donc pas partie et il fallut trente ans de plus, à la suite de la défaite de l’insurrection de 1871, pour que la France pénétrât la région et sans jamais la soumettre. À partir de 1881, lorsque Cheikh Boumama abandonna son combat, la France annexa son territoire ainsi que le nord du Sahara. Tindouf et Béchar, les deux grands départements du centre-ouest qui forment un gonflement du côté du Maroc, appartenaient à ce dernier et non à l’Algérie et ce jusqu’en 1956 lorsque la France libéra le Maroc et garda l’Algérie, peut-être dans l’espoir de reconstituer la Louisiane juste à côté, curieusement de même superficie. Pour vous donner une idée cartographique sur l’Algérie d’alors, tirez une ligne droite ou sinueuse de la Tunisie au Maroc à partir des frontières sud de Tébessa pour aboutir aux frontières sud de Naama ou l’inverse. La partie nord était à peu près l’Algérie d’avant 1900. Sa superficie dépasserait légèrement celle de la France. Le reste du territoire appartiendrait aux pays limitrophes dont la Libye, le Niger, le Mali, la Mauritanie et le Maroc un État souverain jusqu’en 1912 où il fut partitionné entre l’Espagne et la France, un partage difficile qui avait failli être le déclencheur de la première guerre mondiale si l’Allemagne, qui revendiquait sa part, n’avait pas accepté une partie du territoire du Congo qu’on lui avait offert en échange.

Cependant, la Kabylie possédait une limite territoriale, un système de gouvernance fédérale à l’horizontale, à sa tête les Âarch qui existent à ce jour. Ce mot vient d’aerich, une sorte de grenier où l’on gardait jalousement ses biens et stockait ses aliments de réserve. Âarch signifie donc « garderie » ou « protection ». Toutefois, cette organisation était répandue dans la région que les Français appelaient la Grande Kabylie, un vaste territoire composé des départements actuels de Tizi-Ouzou, de Boumerdès et de Bouira avec une influence sur l’Ouest de la Petite Kabylie, composée de Béjaïa, de Sétif et de Bordj-Bouarrerridj. Certes, les frontières n’étaient pas tracées ni précises. D’ailleurs, en parlant des frontières, elles n’existaient pas dans toute la Berbérie, de l’Égypte au Maroc et du nord jusqu’aux pays du Sahel. Elles se rétrécissaient et s’élargissaient dans l’imaginaire des chefs de tribus selon qu’ils se revendiquaient d’une gouvernance ou d’une autre et jamais dans le réel ni dans le papier. Le tracé des frontières n’est clair qu’en 1956 lorsque la France libéra la Tunisie et le Maroc, ses protectorats. La Kabylie ne possédait pas non plus de nom dans le sens moderne du concept, ni ne se donna de nom. Il n’y a pas que la Kabylie qui en souffrait. Dans la majeure partie de la planète les frontières étaient culturelles et les pays s’appelait par le nom de la famille qui gouvernait ou de celui de la ville où elle siégeait ; l’Italie, la plus célèbre, s’appelait Rome jusqu’à un passé récent. Ce concept de pays moderne remonterait au 16e siècle, voire Machiavel à la suite de la publication de son essai Le Prince qui traite de l’État et de la nation au sens moderne du terme.

En effet, son organigramme, des plus simples d’apparence, est moderne plutôt qu’archaïque comme le prétendaient les détracteurs. L’organisation commence par la famille dont le tuteur ou le chef, généralement le père ou l’oncle aîné ou le grand frère en cas de l’absence des deux premiers, est son représentant. Un groupe de familles constitue un adhroum (idharma au pluriel), généralement de même lien de sang dont on inclut les protégés et les neveux issus de mariages rompus. Si un village comportait plusieurs idharma de différents liens, on les réunissait dans des ikharven (akharouv au singulier), nom qui vient de l’arbre le caroubier en raison de son fruit très abondant. Le tout forme le village à sa tête un ameqrar, dit aussi anqaïmou, (tête ou dirigeant, actuel président de comité de village), avec un représentant de chaque adhroum. Les villages avec leurs imaqrar (pluriel d’ameqrar) composent le Âarch local. Pas de Âarch suprême, tout est décentralisé et horizontal. Au besoin, on décidait soit en groupe soit en désignant un Âarch expérimenté et puissant. Si une opposition pertinente se formait, on revoyait sa décision.

À chaque besoin, généralement un problème qui relevait du village, une assemblée générale, sans les femmes et les enfants en bas âge, était organisée à tajmat (la djemaa). On débattait du problème et tous les présents avaient droit à la parole. Certes, les routiers du verbe ou les tribuns dominaient. Selon des sources de vieillards, à notre jeunesse, la moitié des avis exprimés dans l’assemblée seraient chuchotée par leurs épouses, souvent au lit, et le Kabyle était monogame sauf si sa première épouse était devenue infirme ou était stérile et qu’elle l’autorisait à prendre une seconde épouse. À la fin on votait à main levée et chacun, y compris l’amqrar, avait une seule voix. Le muezzin, inconnu dans la quasi-majorité des villages, ne fit son entrée qu’au milieu du 20e siècle. Depuis l’influence de l’islam, il récitait la Fatiha avant l’ouverture de la séance et la Khatima à la clôture de la séance après la prise de décision, dites parfois par un simple croyant.

Aussi les Âarch n’étaient pas un régime classique de gouvernance, mais une solution de secours pour éviter le chaos. En parallèle il naissait des royautés, les unes despotiques, les autres moins injustes, comme celle des Aït-Lqadi à Koukou, au nord-est de Tizi-Ouzou, celle des Aït-Abbas à Béjaïa, le règne familial des Aït-Kaci à Tizi-Ouzou dans le Sébaou. Les Âarch se taisaient dans ces régions tout en continuant à gérer là où ces foyers de gouvernance n’y parvenaient pas, mais dès que ces gouvernances se désintégraient ou étaient détruites par le nouvel envahisseur comme c’est le cas des Aït-Kaci, l’ancien Âarch renaissait tel un Cygne.

Les Âarch existaient bien avant l’invasion des Arabes. Les pseudo historiens, ou affabulateurs arabophones comme nous les appelons, les turent totalement et mirent en évidence les guerres de pouvoir pour s’enrichir et imposer sa vision de l’islam, dites civilisationnelles, entre les dynasties, Califats ou Émirats. Sans les Âarch le chaos aurait pris le dessus, ce qui s’était passé en dehors de la Kabylie où l’islam avait échoué à Instaurer un pouvoir central juste comme au Maroc et en Tunisie, particulièrement en l’occurrence l’Algérie. La Kabylie était la seule région dans toute l’Afrique du Nord, à notre connaissance, où les conflits se limitent aux individus. Jamais un Âarch ne fit la guerre à un autre Âarch ni un village à un autre, car si des villages voulaient en découdre, non seulement on ne les suivait pas mais on les retenait et il se produisait le même phénomène entre les Âarch. Pourtant il y avait eu des rivalités et des et intimités entre des Âarch et entre des villages souvent d’un même Âarch, dont nous étions témoin, mais jamais au point de commettre un massacre. Il devait y avoir derrière l’accord tacite de ne pas se faire la guerre, puisque la société berbère était de tradition orale dans sa majorité. C’est un système unique qui avait maintenu la Kabylie organisée.

On tut totalement ce système en lui préférant les dynasties et les royautés musulmanes. Tous ne parlaient et n’écrivaient que sur elles, rien sur les Âarch. Cela est compréhensif : non seulement les Âarch faisaient la contradiction mais, grâce à leur non-violence et leur gestion efficace de la Kabylie, les dynasties et les royautés paraitraient des tumeurs puisque les massacres et les grandes boucheries étaient commis par elles au nom de l’islam. Le régime d’Alger fut loin. On étudiait Marx, Engels et Rosa Luxembourg au lycée et l’université. Après la visite de Marx pour la Kabylie pour constater le système des Âarch, il informa ses deux amis et tous trois parlèrent du cas kabyle dans leurs œuvres, sujet traité ci-dessous. On biffa tout cela, on parla uniquement de la visite de Marx pour l’Algérie afin de soigner sa maladie respiratoire.

Donc, le village entier, une Kabylie miniature, construit sur des liens de sang et d’alliance ne laissait personne y entrer ni s’y intégrer sans certaines conditions. Cette organisation prévient toute intrusion d’étranger et facilite le repérage d’un Kabyle d’un autre village venu s’y installer. À ce jour, en Kabylie, on identifie des villageois d’ailleurs dont l’ancêtre remontait à des siècles.

Malgré les difficultés de la vie de montagnes, seuls les crimes de légitime défense ou accidentels étaient recensés, encore rares. Le crime prémédité relevait plus de l’exception. Si la réaction du coupable en légitime défense était jugée exagérée, on le bannissait du village. Dans le cas contraire, il demandait des excuses, s’acquittait d’une forte somme d’argent ou d’un bien équivalent pour la caisse du village et pour la famille de la victime qui, parfois, réagissait à chaud par le meurtre ou la tentative de meurtre. Le voleur payait à sa victime le prix du larcin et une amende à la caisse du village. En cas de récidive, si le larcin est plus important, genre voler les bêtes de somme d’un villageois ou lui détruire sa récolte, il remboursait tout en lui saisissant ses biens et ses propriétés puis on l’excommuniait, s’il n’avait pas fui de son gré ; le même châtiment était appliqué au multirécidiviste. Une fois excommunié, on est exposé tout seul, sans sa famille ; si la victime était puissante, elle pouvait se venger impunément en prétextant une provocation, alors qu’on devait le dénoncer aux imaqrar et n’agir de la sorte qu’en cas de nécessité. Souvent le coupable préférait s’exiler.

Voler en Kabylie à cette époque-là était le résultat d’une mauvaise éducation. On mangeait tous au moins deux repas par jour et le plus démuni, souvent un handicapé et un malade, était pris en charge par sa famille ou son adhroum, voire des dons de la caisse du village à l’occasion des fêtes. Ce qui surprend dans ces châtiments, c’est leur humanité à l’époque où des pays coupaient la main au voleur dès son premier larcin quelle que fût sa valeur, comme c’est le cas dans l’islam, tandis que d’autres les lynchaient.

Comme on ne possédait pas de prison, on exilait le criminel et, hélas, on mettait parfois en quarantaine un anticonformiste convaincu, dont ceux abandonnés par les leurs ou très sensibles quittaient le village d’eux-mêmes. Pour être accepté par le village d’accueil, il (le demandeur d’asile) leur devait toute la vérité pour bénéficier de l’intégration qui consistait à vivre des années paisiblement de sa sueur, fonder un foyer puis consentir une offrande, généralement un bœuf qu’on sacrifiait à l’occasion pour le partager à tous les villageois par tête dont la part de l’enfant est petite. S’il mentait et qu’on finit par le découvrir, il ruinait toute sa vie : on le chassait du village et plus personne ne l’acceptait.

On organisait deux volontariats chaque année, le premier vers la fin du printemps lorsque l’herbe jaunit puisque le soleil arrivait très tôt, pour désherber tous les alentours des villages et des habitations ainsi que des huttes et des cultures en terre afin de parer aux incendies du moins limiter les dégâts. Le deuxième, on l’initiait en octobre pour nettoyer les canalisations afin d’éradiquer les débordements des ruisseaux. Pour tout villageois qui construisait une maison, agrandissait l’ancienne ou préparait une culture ou un champ et manquait de moyens, on lui envoyait des volontaires en quantité suffisante jusqu’à la réalisation de son projet. On appelait cela tiwizi, un volontariat communiste, certes primitif mais avant celui de Marx, ce qui l’avait d’ailleurs attiré.

Au début j’ai affirmé que la Kabyle ne participait pas aux assemblées, bien que ses avis dussent être votés plusieurs fois. Dans beaucoup de points elle était l’égale de l’homme. On affirmait, certains par écrit, qu’elle n’héritait rien avant l’arrivée de l’islam puis celui-ci lui accorda la moitié de la part du garçon, loi en vigueur à ce jour. D’autres prétendaient qu’elle n’héritait pas pour que la propriété foncière et la maison, des biens très chers pour un Kabyle, restassent dans la famille. Une troisième prétendait qu’elle héritait de la même part que le garçon. Bien que l’on ne fournît aucune preuve ni aucun argumentaire, il y a une part de vérité dans chacune des affirmations. Mais, pour nous, cette dernière est proche de la réalité de la société kabyle d’alors.

À ceux qui braillaient qu’elle restait à la maison, nous leur répondons qu’ils mentent. Tant qu’elle n’était pas mère où le devoir de rester à la maison si seulement son enfant était en bas âge, sinon elle le prenait avec elle au champ, ne l’empêchait pas, elle travaillait la terre et la ferme avec ses parents, ses frères, et son mari en cas de mariage. Des témoignages de vieillards nous ont confirmé nos affirmations, ce que l’on peut observer aujourd’hui dans beaucoup de villages. Bien des sommets montagneux de Kabylie portent des noms de femmes : Gouraya à Béjaïa, Lala Khadija à Tizi-Ouzou, qui sont les plus hauts sommets de la Kabylie, et tant d’autres. Des villages portent leur nom, les Aït-Aicha (rebaptisés les Isser, ex-Minerville), la fillette que le prophète des musulmans avait épousée quand elle avait huit ou neuf ans. La Kabyle n’était pas musulmane comme on le prétendait ; elle était païenne comme nous l’avions démontré auparavant. Les Kabyles aussi étaient des païens ou des hérétiques car on ne peut bafouer l’islam au point de se battre sous les ordres d’une femme et une païenne, Fatma N’Soumeur. Les Kabyles étaient superstitieux et à ce jour ; ils craignaient plus l’esprit d’un rocher à la forme singulière et celui d’un tronc d’arbre séculier que le Coran qu’ils ignoraient. Les seuls qui y croyaient vraiment parce qu’ils savaient lire l’arabe, encore faut-il le (Coran) comprendre puisqu’à ce jour il donne le tournis à ceux évitent la danse des exégètes, se comptaient sur les doigts d’une main dans toute une région. Cette histoire de Kabyles musulmans même aujourd’hui est une propagande.

Malgré qu’en Kabylie un centimètre carré de terre arrivait parfois à faire couler le sang, à l’exception des hommes chez qui le sentiment d’islamité était fort, peu nombreux, appliquant donc le droit musulman, et ceux qui vivaient isolés de la société villageoise, peu nombreux eux aussi, qui devaient la déshériter et la considérer un être inférieur comme les musulmans, la Kabyle héritait la même part que le garçon. Pour éviter que l’héritage tombât entre des mains étrangères, rivales ou ennemies, la majorité des Kabyles mariaient leurs filles dans la famille sinon dans le village constitué de même sang et de mêmes liens d’alliance. Il existait des exceptions comme des filles qui échappaient à tout contrôle, qui le payèrent parfois de leur vie : on les tuait et les enterraient en cachette en prétextant à l’opinion un congé chez de la famille lointaine, le temps de trouver meilleur ou de faire oublier le moment chaud. Certaines familles régnantes contractaient des mariages d’alliance ailleurs, mais la famille d’accueil était déjà riche et n’avait pas besoin de son héritage, à moins que l’on eût inclus une clause qui exclut l’héritage. Des cas rares.

Après que l’on avait chassé les Omeyyades de la péninsule ibérique, au 16e siècle, les Espagnols attaquaient les rives sud de la Méditerranée pour se venger en prenant des richesses, des biens et des esclaves et aussi prévenir toute velléité de retour surtout que Béjaïa possédait une armée puissante en les deux royautés de Koukou sous (Si) Ahmed Belkadi (Oul-Qadi en kabyle) et les Aït-Abbas dirigée par Mohamed Mokrani (Amokrane en kabyle). La réputation des frères Barberousse, Aroudj et Kheirddine, ainsi que deux autres, de grands pirates turcs, musulmans, parvint à Béjaïa. À l’origine, ils étaient des prisonniers qui se mutinèrent contre leurs maîtres, des Grecs qui les firent prisonniers. Puis ils formèrent une flotte avec laquelle ils écumaient la Méditerranée. Aux assauts répétés des Espagnols qui se montraient de plus en plus puissants et voraces, les deux royautés, en fait des descendants des Hamadites eux-mêmes de la lignée des Zirides, appelèrent les deux frères à leur rescousse et à eux tous ils réussirent à chasser les Espagnols de Béjaïa. Selim Toumi, le sultan d’Alger, de la lignée des Zirides, composait avec les Espagnols pour garder son trône et son train de vie. Les Kabyles et les Turcs poursuivirent les Espagnoles jusqu’à Alger où ils les chassèrent. Le soir-même le sultan était assassiné dans son bain et le lendemain les frères Barberousse déclarèrent Alger sous leur règne et une province turque. Les Kabyles n’aimèrent pas du tout l’assassinat du sultan, de leur lignée, et l’annexion d’Alger à la Turquie. Ils rebroussèrent chemin et s’allièrent avec les Hafsides de Tunis, avec qui ils avaient des alliances. Ils attaquèrent les Turcs et les chassèrent d’Alger puis y régnèrent sept ans avant d’être chassés par les Turcs. La Turquie qui avait des ambitions sur l’Occident butaient sur leur armée de l’empire germanique et venaient de perdre Constantinople, vit en Alger en passant par le Maroc un accès moins difficiles à l’Europe, aidèrent les frères Barberousse. Depuis il ne quittèrent jamais Alger. Pendant des décennies les batailles s’enchainaient entre les Turcs, les kabyles et les Turcs, chacun s’alliant à l’autre pour faire tomber le plus fort, une bataille gagnée par les Turcs sur le long terme. Un avorton de Koukou maria une de ses filles à un rejeton d’un Bey d’Alger. Mais il se passa plus de deux siècles entre leur premier débarquement à Béjaïa et ce mariage. Les Turcs ne se mélangeaient pas avec les autres ethnies pour garder le pouvoir et leurs secrets d’autant qu’ils considéraient tous les autres surtout les Européens des victimes à exploiter. Aussi, ne maîtrisant que la méthode des armes, il ne leur vint pas l’idée de s’introduire en Kabylie à travers ces mariages, contraire des Français qui, ayant rebondi sur le mur de résistance de la seule Kabylie, diligentèrent une étude de la société kabyle pour mieux la pénétrer, œuvre déjà citée, la première qui fit connaître l’organisation des Âarch noir sur blanc.

Depuis les incursions des Espagnoles, beaucoup de Kabyles perdirent leurs maris. Malheureusement, certaines ne trouvaient pas homme et l’on était obligé de les marier à l’extérieur du village, voire de l’Âarch. Des cousins ou des frères qui refusèrent l’intrusion de l’étranger arrivèrent aux poings avec le beau-frère imposé par la situation, que l’on voyait en opportuniste, ce qui était juste. Pis, certains des prisonniers retenus par les Espagnoles réussirent à s’évader, ou relâchés comme on le dit mais nous ne voyons pas la raison, et à regagner leur village. Là, une grande surprise les attendait : leurs épouses et leurs terres étaient entre les mains d’autres hommes. Habitués à tuer surtout qu’ils se sentaient bafoués dans leur honneur, d’autant plus que l’on ne devait pas remarier une femme dont on n’avait pas la certitude que le mari était mort, ils n’hésitèrent pas devant la violence ou le meurtre. Tant que cette situation ne concernait que les villageois, on se contenta de rendre justice. Mais, des Turcs qui voulaient s’implanter en Kabylie avant de la dominer, se marièrent avec des villageoises, certes chez des familles cupides à qui l’on versa une petite fortune en leur promettant une protection, généralement des familles qui habitaient les pieds des montagnes loin des pressions des Âarch et de la population. À travers cette faille il en viendrait comme des sauterelles. Les Âarch réagirent contre les familles coupables, mais leur hostilité suscita une réaction vive des Âarch des familles visées. On était au bord de la guerre intestine alors que l’ennemi turc étaient à leurs portes et n’attendait que cette occasion. On se réunit à la hâte en assemblée générale à Djemâa Saharidj en 1749 et la seule solution qui leur évitait de s’entretuer et de perdre leurs terres était l’exhérédation de la Kabyle (elle n’héritait pas des biens fonciers et de la maison). On scella sur le champ la décision par une stèle reposant sur deux pierres : une en-dessous, à moitié enfouie afin qu’elle soit visible, signifiant l’ancien droit coutumier ; l’autre au-dessus, signifiant le nouveau droit coutumier. Depuis, plus personne ne passa outre chez le peuple. Depuis plus personne ne l’extravagance, du moins chez la population. Car les futurs roitelets de Koukou donnèrent leurs aux Turcs. Le Âarch des At-Yirathen, l’actuel Larbâa-N’Aït-Irathen, alors puissant, entra en conflit avec euxOn la nommait la loi Salique dans les écrits de Français. Elle n’avait rien à voir avec cette loi francique en vigueur en Ile de France depuis le règne de Clovis, le guerrier barbare germanique, de la tribu des Francs qui donna son nom à la France, une loi qui fut à l’origine de la guerre de cent ans.

On devait l’abroger au départ des Turcs. Ils furent chassés par les Français, eux-aussi remplacés par le régime d’Alger, tous des colons et des ennemis. On doit quand même abroger cette horreur et déclarer les Kabyles égaux en droits et en devoirs indépendamment de leurs différences : sexe, religion, couleur de peau, etc.

C’est cette organisation et cette union qui avaient fait barrage à la colonisation française et à tous les envahisseurs. Après l’échec de la politique des bureaux arabes pour pénétrer la Kabylie et la mort de Fatma N’Soumer, intrigués par cette armée de femmes et d’hommes guidés par une femme qui leur tinrent tête pendant quatre ans, les militaires chargèrent Adolphe Hanoteau  et Aristide Letourneau, des officiers supérieurs, un sociologue et un botaniste, pour étudier la société kabyle de fond en comble pour réussir à pénétrer cette région rebelle et imprenable qui continuait à résister et à lancer la plus grande insurrection en 1871,  alors que toute la Berbérie était soumise. Cette étude intitulée La Kabylie et les coutumes kabyles, avait décrit ce que nous vous avons résumé ci-dessus, et fut publiée en deux volumes de mille cinq cents pages, célèbre en leur temps. Leur contenu fit tellement de bruit en Europe qu’il attira l’attention et l’admiration des monuments du communisme et du socialisme en Engels, Marx (Karl), Luxembourg (Rosa) et Kovalevsky (Maxime), Tocqueville (Alexi de), Basset (René), Durkheim (Émile). Marx dut venir en Kabylie pour s’en rendre compte lui-même et, en plus de confirmer tout pour ses amis Engels et Luxembourg, il découvrit l’impôt progressif appliqué en Kabylie alors qu’ailleurs il était fixe. Tous trois parlèrent du cas kabyle dans leurs œuvres.

Durkheim et Basset écrivirent : « L’organisation politique et administrative du peuple kabyle est une des plus démocratiques et, en même temps, une des plus simple qu’on puisse imaginer, jamais, peut-être, le système de self-gouvernement n’a été mis en pratique d’une manière plus complète et plus radicale. » Tocqueville (Alexi de) disait : « Si Rousseau avait eu connaissance des Kabyles, il aurait trouvé ses modèles dans les montagnes de Kabylie. »

Nous pouvons affirmer sans nous tromper que la Kabylie n’avait jamais été colonisée, pas même par les Français qu’elle finit par chasser en 1962 presqu’à elle seule, du moins grâce à son action, ce que nous traiterons plus loin.

[1] 9:29

[2] L’Enquête, livre IV, titre Melpomene, chapitre CLXXI (171)

[3] Nous ne la connaissons pas en français ; ont dit que c’est le plantain,

[4] Dans Entente franco-musulmane, publié en 1936